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Centre d'histoire sociale, Paris 1     Editions de l'Atelier


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Accueil du site > Au fil du Maitron > Tome 3 (Ca-Cor) > CANO Georges

CANO Georges

Né le 12 janvier 1929 à Rennes (Ille-et-Vilaine) ; ouvrier menuisier puis technicien du bâtiment puis cadre administratif ; syndicaliste CGT puis CFTC ; réseaux du scoutisme ; militant UCP, CAD puis PSU (1949-1968) ; conseiller municipal PSU (1959-1965), adjoint PSU (1965-1971), maire PS (1971-1995) puis conseiller municipal PS (1995-2001) de Saint-Jacques-de-Lalandes (Ille-et-Vilaine) ; conseiller général PS de Rennes Sud-Ouest (1973-1994) ; responsable local de l’ACO (Action catholique ouvrière) ; syndicaliste CFDT bâtiment.

Son père était un maçon devenu cheminot SFIO, doté d’un capital militant par ses engagements à la CGT dans le quartier de la gare de Rennes, où était implanté Eugène Quessot* (conseiller général à partir de 1919, secrétaire fédéral 1931-1949 et conseiller de la République 1948-1949) à Rennes.

Passé dans les écoles publiques, il fréquenta les réseaux chrétiens progressistes après la mort de son père Jean-Marie Cano dans le bombardement du 8 mars 1943. Boursier dès 1941, il obtint son brevet à Janzé en 1944 avant de se tourner vers les métiers du bâtiment faute d’avoir pu entrer à la SNCF. Éclaireur de France avant guerre, l’héritage culturel de son père vola en éclat sous l’effet de la double rencontre d’Albert Loizil (aumônier, futur ouvrier PC dans les usines Panhard) et de l’abbé René Salaün (professeur au séminaire de Rennes puis prêtre-ouvrier à Colombes) qui le font entrer dans les réseaux chrétiens progressistes par le biais du scoutisme, où il fréquentait Pierre Bourges* (maire PS de Redon entre 1983 et 1995). La conjugaison de ce double engagement Scout-CGT perdura jusqu’en 1947.

Adhérant à l’UCP en 1949, il se syndiqua à la CFTC sous l’influence de Pierre Legavre (syndicaliste, futur adhérent du PSU) et de Robert Duvivier* (JOC, leader de la CFTC, fondateur des ENO). Entre 1949 et 1954, il consacra son temps à sa vie familiale (marié en 1949 avec Odette militante CFTC, imprégnée de culture catholique), au scoutisme et au syndicalisme chrétien. Lecteur de Témoignage Chrétien, emporté dans le bouillonnement culturel des réseaux chrétiens, il suivit la trajectoire de Robert Buron.

À l’issue de sa rencontre intellectuelle avec Mendès France lors d’un meeting à Brest en 1954, il prit sa carte aux Jeunesses Radicales, en compagnie de Jean Raux* (PSU, universitaire, adjoint socialiste à Rennes) notamment. Dans un milieu chrétien en ébullition, il devint rapidement vice-président du Parti Radical en Ille-et-Vilaine. Adhérant à un réseau CAD étroit numériquement, il échoua à implanter une forme d’Action Travailliste en Ille-et-Vilaine, tout en fréquenta régulièrement le duo briochin Mazier*-Huon, qui impulsaient dès 1959 un laboratoire politique au sein d’une coalition rassemblant communistes, chrétiens progressistes et socialistes PSU.

Métreur chez Bréger (1949-1953) puis chez Mischler (1953-1979), il suivit Mendès-France dans la fusion avec l’UFD, menée localement par le tandem Foulon*-Renouf* (premier noyau laïque du PSU avant 1968). Délégué au congrès de Noisy lors de l’intégration au PSA, il fut repéré par Jean Pont*, maire SFIO de Saint-Jacques-de-Lalande depuis 1945. Conseiller municipal en 1959, adjoint en 1965, il demeura militant de base du PSU tout en recentrant son action sur le local. Refroidi par la fermeture du premier PSU sur les questions religieuses, il décrocha durablement du PSU à partir de 1968, révulsé par les divisions en tendances, la déconnexion des positions politiques avec le terrain, l’évolution trop cérébrale du parti.

Maire en mars 1971, il fut accablé par le décès de son enfant à l’été. Son action politique fut néanmoins relancée par son adhésion au PS le 14 novembre 1971, à l’occasion de la venue de Savary pour une réunion dans les locaux de FO sur Rennes. Élu conseiller général PS en 1973 en battant Joseph Dault (adjoint du maire centriste de Rennes Henri Fréville), il incarna la progression socialiste en Ille-et-Vilaine, en compagnie de Edmond Hervé*, Michel Phliponneau*, Jean-Louis Tourenne et Albert Dory*.

Partie prenante de l’ACO sur sa paroisse, fondateur d’un syndicalisme CFDT dans le bâtiment (ETAM) et investi dans la fédération Cornec comme dans la pédagogie Montesori, il s’affirma comme un maire dynamique de la périphérie rennaise. Devancé en interne par Jean-Michel Boucheron* (conseiller général depuis 1976, tombeur de Fréville) pour la désignation aux législatives en 1978, son reclassement professionnel prit la forme d’une reconversion comme cadre à la mairie de Rennes après son licenciement en 1979. Il passa la main à Daniel Delaveau (ancien président de la JEC, passé par le PSU puis par les réseaux de collaborateurs au cabinet d’Edmond Hervé* à la mairie) qui lui succéda à la tête de la municipalité en 1989 puis au conseil général en 1994. Il resta adjoint (1989-1995) puis simple conseiller municipal (1995-2001) avant de se retirer de la vie politique locale. En 2004, il fit paraître un livre retraçant sa vie, à partir d’entretiens avec le journaliste Pierre Duclos. Lors du basculement de l’Ille-et-Vilaine à gauche en 2004, la fédération locale du PS diffusa largement une photo de la victoire, rassemblant symboliquement Georges Cano (seul et premier maire PS du département en 1971), Edmond Hervé* (emblématique maire de Rennes entre 1977 et 2008) et Jean-Louis Tourenne (premier président socialiste du conseil général).

SOURCES : Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 69 J. — Archives Privées Georges Cano. — Archives Privées Pierre Bourges. — Archives Privées André Marivin. — Articles du Ouest-France sur la vie socialiste locale (1977-2004). — Stéphane Hardel, Le PSU en Ille-et-Vilaine de 1960 à 1990. Du parti de l’unité au parti de l’alternative, maîtrise, Rennes 2, 1997. — Georges Cano et Pierre Duclos, Le destin croisé d’un homme singulier et d’une ville pas si commune, Éditions du Pont Denon, Rennes, 2004. — Frédéric Sawicki, Les réseaux du PS. Sociologie d’un milieu partisan, Belin, 1997. — François Prigent et Jacqueline Sainclivier, « Les réseaux socialistes PSU en Bretagne (1959-1981) : milieux partisans, passerelles vers le PS, rôle des chrétiens de gauche », in Le PSU vu d’en bas. Un parti dans les régions : réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 50 - années 80), journée d’études, IEP de Rennes, 8 février 2007 (à paraître). — Entretiens avec Georges Cano, Daniel Delaveau, Edmond Hervé, Jean-Michel Boucheron, Pierre-Yves Heurtin, Pierre Bourges et Jean Louis Tourenne.

François Prigent