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Centre d'histoire sociale, Paris 1     Editions de l'Atelier


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Accueil du site > Au fil du Maitron > Tome 4 (Cos-Dy) > DUCLERCQ Michel.

DUCLERCQ Michel.

Né le 23 octobre 1906 à Abbeville (Somme), mort le 8 août 1988 à Paris (Seine) ; prêtre du diocèse d’Amiens ; fondateur des Équipes enseignantes.

Michel Duclercq était en 1906 le troisième de six enfants dans une famille d’Abbeville (Somme) qui comptait des imprimeurs qui ont longtemps travaillé pour les éditions de la Nouvelle Revue Française. Sa famille était profondément chrétienne, d’une chrétienté ouverte sur le monde : son père a été un militant actif du Sillon dans le département de la Somme. Il animait un cercle Saint-Wulfran à Abbeville où l’on s’initiait à la lecture de la Bible – chose rare chez les catholiques d’alors- et où l’on sensibilisait aux problèmes du temps. Il exerçait lui aussi le métier d’imprimeur. Michel Duclercq a fait ses études primaires chez les frères des écoles chrétiennes à Abbeville. En octobre 1917 il était allé poursuivre sa scolarité au petit séminaire d’Amiens, puis en 1919, après une pleurésie qui resurgira quelques années plus tard et l’obligea à interrompre ses études, il était entré au collège La Providence, tenu par les pères jésuites. En 1923, il décida d’entrer au Grand séminaire à Amiens (Somme). Il fut ordonné prêtre le 29 juin 1932. Il était alors nommé vicaire à Saint-Rémi, une des paroisses de la ville d’Amiens où il commença à exercer son activité spirituelle.

En octobre 1937, il était nommé providentiellement aumônier du collège Saint-Martin à Amiens. Cet établissement ecclésiastique, tenu par des prêtres diocésains, avait la particularité d’accueillir une partie des élèves du lycée de garçons. Avec deux autres confrères, Pierre Dentin et le chanoine Martin, Michel Duclecq se lançaient dans la JECF. Ce n’était pas toujours très bien vu, à l’époque ! Mieux ou pire, c’est selon, ils participaient à la JECF des écoles primaires supérieures et rencontraient ainsi les futures institutrices de l’École normale des jeunes filles d’Amiens. Des camps-retraite étaient organisés, comme à Villers-Boccage (Somme), en 1938 : un dialogue s’amorçait avec les enseignants et des parents d’élèves de l’enseignement public - une laïcité plus ouverte, moins anticléricale, se cherchait. Chaque année une enquête-campagne guidait les travaux des équipes : ainsi, en 1935-1936 « Nous et notre coeur ».

Non mobilisé, la guerre le conduisit à être nommé en septembre 1939 aumônier national de la JECF pour les écoles primaires supérieures, devenues collèges modernes-techniques ensuite et à établir son quartier général à Clermont-Ferrand pendant toute la guerre, avec le secrétariat général de la JECF. C’est là qu’en 1942, il eut une intuition qui l’amena à fonder les « jeunes enseignantes » afin de regrouper les enseignants catholiques du primaire dans le cadre de la Paroisse universitaire et de continuer, en quelque sorte, le travail commencé dans le cadre de la JECF. En travaillant dans l’enseignement public : le défi n’était pas mince, d’autant que le jeune mouvement entrait, de fait, en concurrence avec les Davidées de l’institutrice Marie Silve, mouvement néanmoins peu ouvert au monde laïque et fermé à l’incroyance. En octobre 1945, les « jeunes enseignantes » devenaient les Équipes enseignantes. En 1955, le secrétariat s’installera rue Ernest Lacoste où il est toujours en 2008. Un journal a été édité Vie enseignante.

Pendant une vingtaine d’années, en France, aidé d’une petite équipe avec Hélène Prouet et l’abbé Jean Dumont, l’abbé Duclercq fit vivre une intuition : être une présence de chrétiens au sein de l’enseignement public, faire comprendre l’idée laïque au sein de l’Église catholique. Parier sur la cité éducative, en promouvant les idées de fraternité, d’égalité, de promotion et de développement d’une culture, tel était le message inlassablement répété. Le choix était fait d’être présent, non dans des institutions chrétiennes, telles les écoles privées confessionnelles, mais dans les institutions du monde civil. Tout cela supposait de garder la distance suffisante pour éviter tout prosélytisme, et en même temps de maintenir allumé la flamme de la foi, d’où l’existence d’équipes d’enseignants qui se réunissaient de façon régulière ou en session, pendant les vacances. Plus que jamais, malgré la crise de la fin des années 1960 et l’attitude pas toujours accueillante de certains évêques, ces rencontres fraternelles lui paraissaient indispensables. Et il pensait qu’il fallait en étendre le bénéfice à d’autres pays du monde, sans se limiter au territoire français : Belgique, Allemagne, Angleterre, Portugal et Espagne, Italie et Afrique du Nord furent d’abord ses terres d’élection. En 1963, Michel Duclercq cessait ses fonctions d’aumônier national en France.

Le Concile de Vatican II (1962-1965), allait faire de lui un véritable Saint-Paul des temps modernes. Présent à Rome aux quatre sessions de cette réunion mondiale de presque tous les évêques catholiques, il faisait alors connaissance de nombreux évêques, en particulier d’Amérique latine, et fut aidé par Mgr Guy Riobé, évêque d’Orléans et président du comité épiscopal latino-américain, pour partir en Amérique latine arpenter les pays, susciter des équipes, rencontrer des théologiens, des évêques. Il apprit d’abord l’espagnol à Cuernavaca (Mexico) et devenait ainsi prêtre itinérant : l’Amérique latine (Brésil, Colombie, Pérou, Asie), l’Afrique, mais aussi l’Asie et l’Inde donnèrent l’occasion à cet homme et à ceux qui le suivaient de vérifier cette intuition de départ : vivre la foi chrétienne dans une institution éducative laïque. C’était aussi la découverte des injustices sociales vécues dans le sous-continent au bénéfice des pays développés et les compromissions de son Église qu’il fallait transformer en lui faisant épouser la cause des pauvres. Il contribua ainsi à la formation biblique, théologique, liturgique mais aussi politique et syndicale de militants chrétiens. Pour maintenir un lien entre les équipes, il créa un centre mondial à Paris Dialogue et coopération », où pouvaient se rencontrer les équipes de 29 pays des quatre continents. C’est aussi un modeste bulletin qui rendait compte de la vie du mouvement. Des brochures furent également publiées sur l’Église au Brésil, en Argentine, au Chili, sur la théologie de la Libération dont il a été l’un des premiers à repérer la fécondité.

Un ouvrage publié en 1979 mettait un point d’orgue à cette entreprise Cris et combats de l’Église en Amérique latine, car la maladie de Parkinson et l’âge faisait leur œuvre : à partir de 1981, il lui fallut ralentir ses activités. Il mourra finalement à Paris le 8 août 1988 et sera enterré dans sa terre natale, à Abbeville, après avoir parcouru plusieurs fois le monde : c’était un passeur entre le monde laïque et le monde catholique.

OEUVRE : Cris et combats de l’Église en Amérique latine, Cerf, 1979 ; Les engagements de l’église brésilienne : affrontements et tensions, 1981 et 1982 ; « Education, école et Nation », Bibliothèque Michel Duclercq, bulletin n°46, avril 2007, supplément ; nombreux articles dans le bulletin des équipes enseignantes.

SOURCES : Bibliothèque Michel Duclercq, n° 45 (avril 2006) et n°46 (avril 2007) ; Aportes educativos, n°93, 2006 ; témoignage écrit de son frère, 2006.

Bruno Poucet