Partenaires

CNRS
Centre d'histoire sociale, Paris 1     Editions de l'Atelier


Rechercher


Accueil du site > Au fil du Maitron > Tome 4 (Cos-Dy) > DESAILLY Yvette, Céline, Pierrette.

DESAILLY Yvette, Céline, Pierrette.

Née le 6 mars 1924 à Amiens (Somme), morte le 3 juin 2001 à Amiens (Somme) ; professeur de lettres dans l’enseignement secondaire privé ; syndicaliste CFTC, puis CFDT ; présidente du syndicat de l’enseignement privé CFTC, puis CFDT de 1962 à 1975.

Yvette Desailly était la fille cadette d’une famille de deux enfants : son père, Albert Desailly, exerçait la profession de maréchal-ferrant à Morchies (Pas-de-Calais), puis d’ouvrier forgeron à la Société picarde de chauffage à Amiens ; sa mère, Virginie Hernu était couturière ; Yvette Desailly était célibataire et appartenait à depuis 1969 à un institut séculier canadien des oblates de Marie immaculée.

Titulaire d’un certificat d’aptitude pédagogique à l’enseignement dans les écoles primaires en 1964, puis de certificats de licence ès lettres, Yvette Desailly avait d’abord enseigné à partir de 1950 comme institutrice à Amiens dans un établissement privé, puis à Revelles et à Gamaches (Somme), enfin comme professeur de lettres en 1961 à Saint-Pierre à Abbeville, puis à Amiens (Somme), au collège jésuite de La Providence et au collège de la Sainte-Famille en 1962 et enfin au collège de La Salle pendant vingt et un ans, de 1963 jusqu’à sa retraite en 1984 : elle avait été intégrée dans le cadre des professeur d’enseignement général des collèges.

Engagée adolescente dans la JECF et la JAC, elle renoua avec le militantisme en devenant enseignante dans l’enseignement privé, alors hors contrat. Elle avait un tempérament bien trempé et ne s’en laissait pas compter : cela lui a été utile dans ses différents engagements.

En 1961, elle adhéra au syndicat CFTC des enseignants privés de la Somme, fondé le jeudi 22 juin 1961, en présence de Camille Caduc*, secrétaire général de la fédération de l’enseignement privé. Le syndicat comptait une soixantaine de membres et s’étendait à l’Aisne et à l’Oise ; membre du bureau, elle en devenait l’année suivante présidente, le 7 septembre 1962, à la place de Georges Sabre*, président fondateur.

Elle devait, outre les activités propres à un syndicat, contribuer à deux tâches essentielles : la mise en place des contrats avec l’État, la transformation de la CFTC en CFDT. La première tâche la conduisit à travailler étroitement avec la Direction diocésaine de l’enseignement catholique et avec le rectorat de l’académie d’Amiens, tout juste fondé en 1964. Elle était élue membre de la commission mixte académique chargée de gérer la carrière des enseignants du privé. La seconde tâche fut menée non sans une certaine hésitation : en effet, elle s’était opposée à l’évolution de la CFTC au congrès confédéral et avait mandaté, en conséquence, le représentant de l’UD-CFTC de la Somme, Paul Trouillet*. Toutefois, après le vote confédéral qui aboutit à la fondation de la CFDT en 1964, par fidélité à l’organisation syndicale, elle proposa finalement que le syndicat se rallie à la majorité confédérale afin de « valoriser la profession, quelle que soit notre opinion, nous continuerons notre tâche et l’œuvre entreprise au sein de la CFDT » (Compte rendu de l’assemblée générale du 19 novembre 1964). Le syndicat regroupait alors environ 15 % des enseignants et comportait 100 adhérents. Après un départ important d’adhérents vers le nouveau syndicat SNEC-CFTC, le syndicat CFDT atteindra les 135 adhérents au moment où elle quitta sa responsabilité en 1975, toutefois l’audience électorale du syndicat était passée de 41 % aux élections aux commissions mixtes académiques à 29 %.

Yves Desailly devait en effet affronter une autre réalité : mai 1968 et l’arrivée d’une nouvelle génération de militants qui ne considéraient guère leur métier comme une vocation et se retrouvaient dans la volonté de la CFDT, puis de la FEP-CFDT afin de mettre en place un « véritable service public de l’éducation, non étatisée, démocratique, autogéré ».

Après son départ de la résidence du syndicat en février 1975, elle conserva une activité militante : d’abord à la CFDT (au sein de la section de son établissement scolaire et en tant que représentante dans différentes commissions paritaires ou administratives jusqu’en 1981) avant de se réorienter vers un militantisme religieux plus appuyé : responsable de la catéchèse et chef de chœur dans son ancien établissement scolaire, responsable diocésaine d’un groupe de spiritualité (les équipes du rosaire) de 1986 à 1992. Yvette Desailly était également agrégée oblate missionnaire de Marie (institut séculier canadien) depuis 1969.

Atteintes d’une myopathie qui réduisit progressivement sa faculté de se déplacer, au point d’aboutir à une paralysie, elle n’en garda pas moins, dans la maison de retraite Marie- Marthe à Amiens, où elle s’était retirée en 1999, une activité en rédigeant des articles pour le bulletin intérieur de l’établissement, en faisant partie du Conseil d’établissement dont elle était présidente encore à sa mort. Plutôt que de subir une opération dont l’issue n’était pas assurée, elle préféra attendre sereinement la mort et fut enterrée religieusement en l’église Saint-Acheul d’Amiens, le 8 juin 2001 et repose depuis au cimetière du même nom : quarante ans après la fondation du syndicat auquel elle avait consacré une bonne part de son énergie !

SOURCES : Arch. Dép. Somme, fonds-SEP-CFDT et fonds CFDT (UD, carton enseignement). — Le Lien syndical spécial enseignement privé, n° 294, décembre 1984. — Le Dimanche, n° 12-2001. — Vivre ensemble, n° 50, 2007. — Bruno POUCET, Entre l’Église et la République, une histoire de la Fédération de la Formation et de l’Enseignement Privés CFDT, Paris Éditions de l’Atelier, 1998, 252 p. — Trente cinq ans de syndicalisme avec le SEPS-CFDT, brochure ronéoté, 1996, 10 p ; témoignages familiaux.

ICONOGRAPHIE : dossier individuel Yvette Desailly dans le fonds SEP-CFDT des archives départementales de la Somme.

Bruno Poucet