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Centre d'histoire sociale, Paris 1     Editions de l'Atelier


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Accueil du site > Au fil du Maitron > Tome 3 (Ca-Cor) > CORRADI Jean.

CORRADI Jean.

Né le 9 novembre 1933 à Jœuf (Meurthe-et-Moselle) ; mineur de fer à Homécourt (Meurthe-et-Moselle) ; membre de la commission exécutive confédérale de la CGT ; membre de la CE et du bureau de la Fédération nationale des travailleurs du Sous-sol (FNTSS-CGT) ; secrétaire général de la Fédération régionale des mineurs de fer et de sel-CGT de Lorraine ; membre de la commission exécutive et du bureau de l’Union départementale CGT de Meurthe-et-Moselle ; administrateur de la CAN SSM ; militant de la JOC ; membre du comité national de l’ACO.

Le père de Jean Corradi, Joseph né en 1908 à Moyeuvre (Lorraine annexée), était issu d’une famille de commerçants originaires de Montecchio dans la région d’Emilie-Romagne (Italie). Travaillant d’abord dans les entreprises de montage en sous-traitance de la sidérurgie, Joseph intégra par la suite l’usine d’Homécourt (Meurthe-et-Moselle), où il devint chef poseur de voies. La mère de Jean, Alba Friggeri, naquit en 1912 à Montecchio et vint en France après sa naissance avec sa famille (son père artisan en fabrication manuelle de briques, sa mère travaillant dans les rizières). À la déclaration de guerre en 1914, les familles Corradi et Friggeri, très proches, retournèrent ensemble en Italie et ne revinrent en Lorraine qu’en 1924. Alba fut employée à quatorze ans à l’hôpital Bon Secours de Metz tenu alors par des religieuses, puis employée de maison à Paris chez des bourgeois, avant d’épouser Joseph son ami d’enfance en 1932. Au décès de ce dernier en 1968, n’étant plus assurée sociale, elle fut contrainte de travailler à l’usine en qualité de femme de ménage. Elle décéda en avril 1999.

Jean Corradi

Aîné de quatre enfants, Jean Corradi naquit le 9 novembre 1933 à Jœuf (Meurthe-et-Moselle), où il fit ses études et obtint le brevet à l’école privée Genibois, tenu par les marianistes. Il entra en septembre 1950 au centre d’apprentissage de la mine du Fond de la Noue à Homécourt (Meurthe-et-Moselle), dans la perspective de devenir porion. Avec le CAP de mineur obtenu en 1952 il fut immédiatement affecté au travail d’abattage au fond de la mine, tout en préparant le concours d’entrée à l’école des Mines de Thionville qui formait alors les agents de maîtrise du fond. Reçu au concours, Jean s’engagea en 1953 dans sa formation jusqu’à ce qu’à la fin d’un stage qu’il effectuait à la mine de Jœuf et au cours duquel il participa à une grève, il fut chassé de la mine et se retrouva dans l’impossibilité de poursuivre ses études à l’école des Mines. Cependant il parvint, difficilement, à intégrer la mine d’Homécourt en 1954 et retourna aux travaux d’abattage jusqu’à son départ à l’armée. En 1958, Jean épousa Irène Dalle Fratte qui était née le 15 juillet 1938 à Homécourt où son père, mineur de fer originaire de la région de Padoue en Italie, fut réquisitionné en 1940. Avec son CEP obtenu à quatorze ans, Irène fut d’abord élève à l’école ménagère, puis embauchée à dix-sept ans comme fille de salle à l’Hôpital civil de Briey (Meurthe-et-Moselle) qui devint ensuite l’Hôpital Maillot, et c’est là qu’elle constitua avec ses camarades de travail le syndicat Force ouvrière. Puis elle devint aide soignante, et se consacra à des cours par correspondance pour accéder à l’école d’infirmière où elle obtint son diplôme au terme de trois années d’études. Adhérente à la JOCF depuis 1956, elle s’engagea alors plus avant dans le syndicalisme et devint secrétaire de la CGT à l’Hôpital Maillot (années 70). Elle fut également responsable du Comité des femmes de mineurs d’Homécourt. De 1954 à 1957 Jean effectua son service militaire de trente mois dans les Chasseurs Alpins puis dans un bataillon de tirailleurs algériens, d’abord en Allemagne puis en Algérie. De retour à la mine du Fond de la Noue à Homécourt, il adhéra à la CGT et milita à la base, occupant des responsabilités dès 1960 : secrétaire de la section de la mine, élu au Comité d’Hygiène et de Sécurité, au Comité d’établissement, puis au comité central d’Entreprise de Sacilor durant deux mandats, en 1964 il devint responsable des mines de fer du « secteur de la vallée de l’Orne ». Dans cette période il participa aux formations syndicales élémentaire, moyenne et supérieure, ainsi qu’à des stages de Comité d’entreprise à l’IRT de Strasbourg. En 1965 il dut quitter la mine pour devenir secrétaire permanent à la Fédération Régionale des Mineurs de Fer et de Sel de Lorraine, dans un secrétariat composé de jeunes et d’anciens militants solidement unis autour d’Albert Balducci*. Jean fut élu, dès 1966, membre de la commission exécutive de la Fédération Nationale des Travailleurs du Sous Sol-CGT, puis accéda rapidement au bureau fédéral le mandat suivant. À partir de 1967, il milita activement avec la Fédération Régionale pour la réalisation d’une coordination plus étroite avec la CGT de la sidérurgie, notamment après le succès des grandes manifestations de 1965-1966 qui aboutirent à la grève de trois semaines des mineurs et des sidérurgistes en avril 1967. Cependant cette démarche ne put aboutir. En 1975, il devint le secrétaire général de la Fédération régionale aux côtés d’Albert Balducci et, dans le même temps, il fut élu membre de la commission exécutive de l’Union Départementale de Meurthe-et-Moselle, puis au bureau, tout en participant au comité régional de Lorraine et à l’Union locale d’Homécourt. Il eut alors à affronter l’accélération de la fermeture des mines de fer de Lorraine qui donna lieu à des luttes exceptionnelles dont les mineurs furent acteurs jusqu’au bout. De 1978 à 1982, il devint membre de la commission exécutive confédérale durant le dernier mandat de Georges Séguy, avec lequel il participa à une délégation confédérale à Leipzig. Il eut également des rapports avec les mineurs de fer de Krivoï Rog en URSS dans le cadre d’un jumelage avec la fédération, et en 1983, représentant des mines pour la France au BIT à Genève, il intervint lors d’une conférence internationale sur l’hygiène et la sécurité dans les mines pour « mettre les choses au point quant à la réalité de la politique de Mitterrand ».

En 1989 il partit à la retraite et occupa le mandat d’administrateur à la caisse autonome Nationale de la Sécurité Sociale Minière (SSM), tout en étant administrateur de la Caisse Locale SSM jusqu’en 1995, puis à l’Union Régionale SSM jusqu’en 2000. D’une famille maternelle catholique très religieuse, Jean adhéra dès 1950 à la JOC au contact de jocistes ainsi que de prêtres se destinant à l’apostolat dans le monde ouvrier, et son père Joseph, plutôt athée, ne s’opposa ni à son engagement ni à l’influence religieuse de la famille. À l’Action catholique ouvrière à partir de 1958, il milita aux comités de secteur et diocésain avec son épouse, puis au comité national durant deux mandats (fin des années 1960). Consacrant l’essentiel de son activité à l’organisation syndicale, il n’adhéra à aucun parti mais se sentit toujours très proche des militants du Parti communiste. En 1958-1959 avec des socialistes et des communistes, et malgré les pressions policières, il créa le comité local pour la Paix en Algérie. Membre actif de la Maison des jeunes et de la culture (MJC), il s’impliqua notamment dans l’aide aux devoirs des jeunes. Il poursuit toujours une activité syndicale de base à la section locale CGT d’Homécourt, et s’attacha à la coordination avec les structures interprofessionnelles. Il participe aussi aux travaux du conseil d’administration de la mutuelle.

Jean Corradi

SOURCES : Entretiens avec Jean Corradi (2007).

ICONOGRAPHIE : Assemblée au fond de la mine de fer d’Homécourt lors de la grève et de l’occupation de 1965 contre 115 licenciements. Jean Corradi est debout derrière la table (collection personnelle de Jean Corradi).

Jean-François Lassagne