Partenaires

CNRS
Centre d'histoire sociale, Paris 1     Editions de l'Atelier


Rechercher


Accueil du site > À noter > Chronique de Philippe Meyer : "Le Dictionnaire des anarchistes".

Chronique de Philippe Meyer : "Le Dictionnaire des anarchistes".

Philippe Meyer à consacré à chronique du lundi 19 mai, sur France-Culture, au Dictionnaire des anarchistes".

http://www.franceculture.fr/player/...

Philippe Meyer Chronique du toutologue 19 mai 2014

Auditeurs sachant auditer, Georges Brassens fut secrétaire de rédaction de leur hebdomadaire, « Le Libertaire », responsable d’un de leurs groupes parisiens et, une fois éloignée la vache enragée, il leur ouvrit souvent sa bourse. Léo Ferré les chanta, tantôt sur un mode gavroche – « Graine d’ananar » – tantôt sur un mode lyrique – « Les Anarchistes » –Quarante années durant, il fut fidèle à leurs galas de soutien. Ils eurent des penseurs – Proudhon, Elisée Reclus, Kropotkine, Fernand Pelloutier – des ennemis publics - Bonnot et sa bande, Ravachol - et des porte-drapeau, Louis Lecoin, infatigable défenseur de l’objection de conscience, 60 ans de militantisme et 10 ans de prisons, sans compter les grèves de la faim. Des artistes comme Pissarro ou Signac se reconnaissaient en certains d’entre eux et adhéraient à l’une de leurs composantes, car les anarchistes ont toujours cultivé leurs différences et volontiers torréfié leurs oppositions. Pourtant, même si les noms que je viens de citer figurent parmi les 500 biographies du dictionnaire du mouvement libertaire francophone que publient les éditions de l’Atelier sous le titre « Les Anarchistes », les militants et plus rarement les militantes dont on y retrace le parcours sont pour leur grande majorité des inconnus. C’est dire le travail de romain – je n’ose pas dire de bénédictin – accompli par la demi-douzaine d’auteurs de ce volume qui ont pris appui sur l’œuvre de l’historien du mouvement libertaire et pionnier de l’histoire ouvrière, Jean Maitron. En se promenant dans cette fourmilière de militants, le lecteur croise une kyrielle de destinées. Le farfelu s’y mêle à l’héroïque, l’intraitable au chimérique, le révolté au charitable, quoique les anarchistes préfèrent à ce mot celui d’humaniste ou de solidaire. Leurs journaux s’appelaient La Révolte, L’En-dehors, Le Réfractaire ou l’Insurgé. Leurs vies sont truffées d’échauffourées, d’arrestations, de surveillances, de procès, de désaccords sur la propagande par le fait, le vol considéré comme une reprise individuelle, la nature du syndicalisme, le bon usage de la grève, l’amour libre, l’avortement. Tous ne furent pas irréprochables, et pas seulement au regard de la morale bourgeoise. Certains finirent mouchards à la préfecture ou collabos à Vichy. D’autres avant ceux-là avaient donné tête baissée dans l’Union sacrée en 14 après avoir juré qu’ils feraient mettre crosse en l’air au premier bruit de bottes. Le rappel des reniements de ces quelques uns ne rend que plus impressionnante la détermination de ceux qui demeurèrent fidèles à leurs convictions antiautoritaires et à leur passion de l’égalité. Les auteurs de ce dictionnaire ont pu, grâce à la plateforme de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank, regrouper sur le site maitron-en-ligne 3.000 biographies complémentaires. C’est dire le nombre des chemins buissonniers dans la promenade qu’ils nous offrent et la diversité de ce qu’on y apprend. Par exemple que c’est un anarchiste éminent dans la résistance parisienne, Henri Bouyé, qui présenta à Georges Brassens le chansonnier Jacques Grello, lequel Jacques Grello procura son premier engagement à l’auteur du Gorille et lui offrit sa propre guitare. Le ciel vous tienne en joie.