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Accueil du site > Au fil du Maitron > Tome 2 (Bel-Bz) > BENSAÏD Daniel, dit Jébrac, dit Ségur

BENSAÏD Daniel, dit Jébrac, dit Ségur

Né le 25 mars 1946 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 12 janvier 2010 ; enseignant, professeur certifié de philosophie, puis maître de conférences et professeur à l’Université de Paris VIII Saint-Denis ; philosophe et essayiste ; militant de la JC et de l’UEC, puis de la JCR, de la LC, devenue LCR en 1974 ; trotskyste.

Daniel Bensaïd naquit à Toulouse. Du côté paternel, sa famille était issue de juifs pauvres d’Oran. Installé à Toulouse après la Deuxième Guerre mondiale, son père tenait un café populaire, le Bar des Amis, route de Narbonne. La cellule communiste du quartier y tenait ses réunions. Sa mère, ouvrière modiste, était née dans une famille ouvrière blésoise de tradition communarde. Il entra en 6e au Lycée Bellevue à Toulouse, à l’automne 1957. Il fut l’un des animateurs, avec Jean-Paul de Gaudemar, du journal du lycée, L’Allumeur du Belvédère (1962-1964). Puis il passa en classe préparatoire au Lycée Pierre-de-Fermat (1964-1966), avant de faire des études de philosophie à l’École normale supérieure de Saint-Cloud et à l’Université de Nanterre. Il soutint sa maîtrise sous la direction d’Henri Lefebvre sur « La notion de crise révolutionnaire chez Lénine » en septembre 1968.

Parallèlement, il adhéra aux Jeunesses communistes à Toulouse en février 1962, après la tragédie du métro Charonne, à la fin de la guerre d’Algérie. Militant de l’Union des étudiants communistes (UEC), il en fut exclu à Pâques 1966 au cours d’un congrès tenu dans le gymnase de Nanterre. Avec d’autres délégués de province - notamment Antoine Artous, lui aussi de Toulouse -, il avait demandé en vain la réintégration du secteur Lettres de la Sorbonne, préalablement exclu. Aussitôt, avec Alain Krivine, il participa à la création de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR). En 1966-1967 à Paris, il appartint au cercle « socio-philo », qui se réunissait la plupart du temps rue Boissonnade, dans la cave de l’appartement de David Rousset. Outre Pierre Rousset, le cercle regroupait notamment Henri Weber, Dominique Mehl, les sœurs Josette et Jeanine Trat. Marc Sautet, futur créateur des cafés philo, et Guy Hocquenghem y firent quelques apparitions. À la rentrée 1967, il milita à Nanterre, où la JCR était bien implantée, avec Jean-Francois Godchau, Nicole Lapierre, Alain Brossat, Denise Avenas, Sophie Petersen... Nommé professeur certifié de philosophie au lycée de Condé-sur-Escaut en septembre 1971, il animait en 1971-1972 une UV (Unité de valeur) intitulée « De la nature des États ouvriers » à l’Université de Vincennes. Il devint, après un doctorat de science politique obtenu à l’Université de Montpellier (1982), assistant titulaire de philosophie en 1984 à l’Université Paris VIII-Vincennes-Saint-Denis, puis maître de conférences en 1994, et tardivement obtint son Habilitation à diriger des recherches en philosophie (le 21 janvier 2001, à Paris VIII, Université de Vincennes-Saint-Denis).

Il fut très actif à Paris lors du mouvement de Mai 68, manifestant de remarquables qualités d’orateur. Échappant à l’arrestation après la dissolution de la JCR, le 12 juin 1968, il trouva refuge chez Marguerite Duras, avec Henri Weber. Ils rédigèrent ensemble Mai 68, une répétition générale, publié à l’automne chez François Maspero. Les droits d’auteur servirent à financer le lancement du journal Rouge.

Dirigeant de la Ligue communiste (LC) dès sa création en 1969, il y fut responsable du travail militant en direction de l’Espagne. Il assista à ce titre au congrès clandestin de la Liga comunista revolucionaria (LCR), organisation trotskyste en formation, à Barcelone, à Pâques 1972. Candidat à Toulouse, dans la 1re circonscription, lors des législatives de 1973, il ne fit pas un meilleur résultat que ses camarades (autour de 1 %). Il fut l’auteur, au printemps 1972, avec ses camarades méridionaux Antoine Artous, Paul Alliès et Armand Creus, d’un Bulletin Intérieur (le BI 30) qui suscita beaucoup de débats à la LC. Ils y affirmaient que « l’organisation révolutionnaire doit être l’avant-garde politique et militaire de la lutte sans quoi la propagande sur l’autodéfense et les milices reste creuse ». Ainsi Daniel Bensaïd assuma pleinement, comme la direction de la LC, la décision d’attaquer le meeting d’Ordre nouveau à Paris, le 21 juin 1973 : « Nous nous souvenons. De tout. Mieux parfois que ceux qui ont vécu cette époque. La génération militante d’aujourd’hui est née de ses cendres. Les démissions, les responsabilités, les héroïsmes aussi, du mouvement ouvrier d’alors font partie de notre éducation. C’est pourquoi nous tenons à dire Non à temps » (Rouge, n° 211, 27 juin 1973, Éditorial, D. Bensaïd). Au terme d’un voyage en Argentine, à l’automne 1973, comme envoyé de la IVe Internationale, il en revint « vacciné contre une vision abstraite et mythique de la lutte armée ». Membre de la tendance majoritaire, il n’était pas favorable, après Mai 68, à l’investissement des militants étudiants de la Ligue dans l’UNEF, lui préférant les Comités rouges (cf. Le Deuxième souffle). De même, il émit des doutes, en 1969, sur l’efficacité du militantisme, pour les enseignants de la Ligue, dans l’École émancipée, que son hétérogénéité, pense-t-il, risque de paralyser.

Il participa à l’expérience du quotidien Rouge (15 mars 1976-2 février 1979), comme journaliste et même pendant un certain temps comme responsable de la rédaction. À partir du début des années 1980, membre du Comité exécutif international (CEI) de la Quatrième Internationale (1981-1986), il fut chargé par le Secrétariat unifié de cette organisation de suivre la situation au Brésil, où il se rendit deux à trois fois par an. Il aida à la formation de « Démocratie socialiste », une organisation qui joua un rôle majeur dans la naissance et l’affirmation du Parti des Travailleurs (PT) de Lula. Comme les autres dirigeants de la LCR, il contribua à animer les stages et écoles de formation nationales et l’Institut International de Recherche et de Formation d’Amsterdam, qu’il co-diriga de 1984 à 1990. Malade à partir des années 1989-1990, il écrivit alors de nombreux ouvrages et rédigea des articles pour de nombreuses revues, L’Homme et la société, Critique de l’économie politique, Agone, Lignes, Mouvements, Actuel Marx, Barca !, Transeuropéennes, Cahiers Charles Péguy, Villa Gillet, Cahiers de l’Imaginaire, New Left Review, Radical Philosophy, Le passant ordinaire, Prétentaine et Contretemps, dont il fut directeur de publication, ce qui lui permit d’apparaître aux yeux des médias et du grand public comme la figure intellectuelle la plus connue de la LCR. À partir de 1999, il dirigea la collection La Discorde chez Textuel. Au second semestre 2000-2001, il enseigna au Département d’études européennes du King’s College de Londres. Il participa à de nombreux colloques et séminaires, notamment en Amérique latine (Unam de Mexico, Université de Campinas au Brésil...), en Allemagne (Essen), à Madrid, à Paris.

ŒUVRE : Mai 68 : une répétition générale, Maspero, 1968 (avec Henri Weber). — Le Deuxième Souffle, Maspero, 1969 (avec Camille Scalabrino). — Portugal : la révolution en marche, UGE, 1975 (avec Michael Löwy et Charles-André Udry). — La Révolution et le Pouvoir, Stock, 1976. — L’Anti-Rocard ou les haillons de l’utopie, La Brèche, Montreuil, 1980. — Stratégies et partis, La Brèche, Montreuil, 1987. — Mai si ! Rebelles et repentis, La Brèche, Montreuil, 1988 (avec Alain Krivine). — Moi, la Révolution : Remembrances d’un bicentenaire indigne, Gallimard, 1989. — Walter Benjamin, sentinelle messianique, Plon, 1990. — Jeanne de guerre lasse, Gallimard, 1991. — La Discordance des temps. Essais sur les crises, les classes, l’histoire, Éditions de la Passion, 1995. — Marx l’intempestif. Grandeurs et misères d’une aventure critique (XIXe-XXe siècles), Fayard, 1995. — Le retour de la question sociale, Page 2, Lausanne, 1996 (en collaboration avec Christophe Aguiton). — Le pari mélancolique, Fayard, 1997. — Lionel, qu’as-tu fais de notre victoire ? un an après..., Albin Michel, 1998. — Eloge de la résistance à l’air du temps, Textuel, 1998. — Qui est le juge ? Pour en finir avec le tribunal de l’Histoire, Fayard, 1999. — Contes et légendes de la guerre éthique, Textuel, 1999. — Le Sourire du spectre. Nouvel esprit du communisme, Michalon, 2000. — Marxismo, modernidade, utopia, Xama, Sao Paulo, 2000 (avec Michael Löwy). — Les Irréductibles. Théorèmes de la résistance à l’air du temps, Textuel, 2001. — Résistances. Essai de taupologie générale, Fayard, 2001. — Karl Marx. Les hiéroglyphes de la modernité, Textuel, 2001. — Les Trotskysmes, PUF, 2002. — Le Nouvel Internationalisme. Contre les guerres impériales et la privatisation du monde, Textuel, 2003. — Un monde à changer. Mouvements et stratégies, Textuel, 2003. — Un monde à changer. Mouvements et stratégies, Textuel, 2003, traduit en espagnol, allemand - Une lente impatience, Stock, 2004. — Fragments mécréants, Lignes/Léo Scheer, 2005 - Retours sur la question juive, La Fabrique, 2006. — en préparation : Eclipses et intermittences de la raison stratégique, Fayard, 2007.
Participation à Marx... ou pas ? Réflexions sur un centenaire, EDI, 1986 — à Permanences de la Révolution, La Brèche, Montreuil, 1989 — à Morale et politique en péril, Colloque des intellectuels juifs, Denoël, 1993 — à Quelles valeurs pour demain ?, 9e Forum Le Monde-Le Mans, Le Seuil, 1998 — à Contre Althusser, pour Marx, Les Éditions de la Passion, rééd. augmentée, 1999 — à Planète alter, Textuel, 2006 — à Les socialismes français à l’épreuve du pouvoir, Textuel, 2006.

SOURCES : Bensaïd Daniel, Une lente impatience, Stock, 2004. — Birnbaum Jean, « Bensaïd undergroud », Le Monde, 11 mai 2001. — Poncet Emmanuel, « Daniel Bensaïd. La ligne rouge », Libération, 28 avril 2004. — Salles Jean-Paul, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Presses universitaires de Rennes, 2005. — Turpin Pierre, Les Révolutionnaires dans la France social-démocrate, 1981-1995, L’Harmattan, 1998.

Jean-Paul Salles