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EYQUEM Marie-Thérèse

Née le 6 septembre 1913 à la Teste-de-Buch (Gironde), morte le 8 août 1978 à Egletons (Corrèze) ; inspectrice principale de la Jeunesse et des Sports (1961) ; présidente de la Fédération internationale de sport féminin (1962) ; présidente du Mouvement démocratique féminin (1962) ; secrétaire nationale du Parti socialiste, chargée des relations avec le secteur associatif (1975).

Marie-Thérèse EYQUEM

Fille de Louise née Bisserié, institutrice, et de Robert Eyquem, boulanger puis employé d’assurances, Marie-Thérèse Eyquem commença à travailler à 14 ans, après son brevet élémentaire. En parallèle, elle poursuivit ses études, seule ou par cours particuliers, obtint une licence de lettres classiques et apprit l’anglais, l’espagnol et l’italien. Elle pratiquait le badminton au sein d’un patronage catholique, le Rayon sportif féminin (RSF), dont elle gravit peu à peu les échelons pour devenir, en 1937, secrétaire générale. Sous son impulsion, le RSF, jusqu’alors essentiellement parisien, prit une envergure nationale ; le nombre d’adhérentes aurait alors été multiplié par dix.
En 1939, Marie-Thérèse Eyquem passa le concours de rédactrice de la fonction publique et entra au Commissariat général à l’information, comme rédactrice principale. Ce contact avec la propagande d’État lui servira à promouvoir le sport féminin. Forte de son succès au RSF, elle fut nommée, le 17 août 1940, directrice des sports féminins du gouvernement de Vichy. Elle devint alors, à vingt-sept ans, la première femme à occuper ce poste. À partir de ce jour, et jusqu’en 1942, sous la direction de Jean Borotra, nommé Haut commissaire aux sports, Marie-Thérèse Eyquem put développer ses projets.
Parmi ses réalisations, on peut noter la Fête de la Sportive, qui attira les foules. Le nombre de pratiquantes augmentait, mais le bilan qualitatif de la « doctrine Marie-Thérèse Eyquem » est contesté. En effet, celle-ci définissait un sport féminin adapté aux « spécificités » des femmes, et leur interdisait un certain nombre d’activités jugées trop violentes ; de plus, les fédérations féminines, jusque-là indépendantes, devinrent des filières des fédérations masculines.
Marie-Thérèse Eyquem n’aurait pas été inquiétée à la Libération, mais classée dans la catégorie « n’ayant pas à comparaître » par la Commission d’épuration. Rappelons ici que l’épuration fut très limitée dans le milieu sportif, le sport étant considéré comme apolitique.
Devenue inspectrice à la Libération, elle progressa dans la hiérarchie jusqu’à devenir inspectrice principale de la Jeunesse et des sports en 1961. Dans les années 1950, elle développa ses projets pour le sport féminin à l’international, ce qui aboutit en 1961 à son élection comme présidente de la Fédération internationale d’éducation physique et sportive féminine ; elle le resta jusqu’en 1966. Jusqu’à la fin des années 1950, elle a également continué à être bénévole pour le RSF, devenu Fédération sportive et culturelle de France. Selon un témoin de l’époque, Jean-Marie Jouaret, ancien secrétaire général et auteur d’une histoire de la FSCF, Marie-Thérèse Eyquem en aurait été radiée en 1956 du fait d’un mode de vie jugé « scandaleux » par le nouveau directeur, dans un contexte de raidissement doctrinal.
C’est à la suite de cet épisode que Marie-Thérèse Eyquem entra en politique. Elle commença, en 1959, par être élue maire adjointe de son village natal, la Teste-de-Buch. Parallèlement, elle s’engagea auprès de François Mitterrand, dont elle fut l’une des plus proches amies et collaboratrices. Elle devint, à ses côtés, membre du bureau politique de la Convention des institutions républicaines (CIR) et de l’exécutif de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). En 1966, elle fut nommée ministre de la Promotion féminine au Contre-gouvernement, et, à ce titre, chargée de dresser un bilan complet de la condition féminine.

La femme au 20e siècle

Cette époque fut également l’occasion d’un engagement féministe. En 1962, Marie-Thérèse Eyquem prit la tête du Mouvement démocratique féminin (MDF). Elle en resta la présidente incontestée jusqu’à la disparition du mouvement. Elle était à la fois organisatrice, animatrice de débats et responsable des relations avec les organismes proches du mouvement, comme l’union de la gauche, par l’intermédiaire de François Mitterrand, ou les syndicats. Elle œuvrait particulièrement pour la contraception et l’égalité dans l’instruction et dans le travail : elle était partisane, par exemple, du rejet du temps partiel, idée finalement adoptée par le MDF. Il lui arrivait aussi de traiter des femmes et du sport. En 1965, les femmes du MDF, emmenées par leur présidente, adhérèrent à la CIR et participèrent à la campagne de François Mitterrand pour les présidentielles ; Marie-Thérèse Eyquem était alors secrétaire générale du comité de soutien à sa candidature. Leur action volontaire et répétée convainquit François Mitterrand de devenir le premier candidat à se déclarer favorable à la contraception. En dépit d’un engagement dans les événements de mai 1968, le mouvement s’éteignit, dépassé par le renouveau féministe qu’il a contribué à construire.

La femme au 20e siècle

Au sein du Parti socialiste, les femmes constituaient une faible part des rangs, et à plus forte raison de la hiérarchie et des élus. Dans les années 1972-1973, Marie-Thérèse Eyquem lança donc le débat sur l’instauration de quotas favorisant la promotion des femmes. Cela aboutit, en décembre 1973, à une réforme des statuts préparée par Marie-Thérèse Eyquem et Dominique Taddéi, imposant un pourcentage minimum de femmes (10 %) à tous les degrés de l’organisation. Dans le même temps, elle organisa des conférences et des débats sur le thème « Socialistes et chrétiens », renouant avec ses premiers engagements. En 1975, elle fut nommée secrétaire nationale du PS, chargée des relations avec l’ensemble du secteur associatif. Mais malgré la réforme des quotas, le nombre de femmes augmenta peu. Marie-Thérèse Eyquem retrouva donc ses anciennes collègues du MDF, devenues membres du Parti socialiste, pour proposer un quota de 20 %. En 1977, au congrès de Nantes, elles n’obtinrent que 15 %, mais négocièrent un secrétariat national à l’Action féminine, dirigé par Yvette Roudy, formée à l’école du MDF, et une Convention nationale sur les femmes, qui eut lieu en janvier 1978 et donna naissance au « Manifeste du PS sur les droits des femmes ». Ce dernier équivalait à une reconnaissance officielle du féminisme par le PS.
Pour conclure, Marie-Thérèse Eyquem a exercé des responsabilités importantes dans différents domaines, d’une manière assez exceptionnelle au regard de son époque, de son origine sociale et de son sexe. Il existe peu de témoignages de cette activité riche et intense hormis quelques centres sportifs « Marie-Thérèse Eyquem » et une salle au siège du PS.

ŒUVRE : Sainte Louise de Marillac, mystère en 1 prologue et 8 tableaux, Étampes, Impr. La Semeuse, 1934, 63 p. — La Femme et le sport, Paris, J. Susse, coll. « Tous les sports », 1944, 307 p. Préface docteur Maurice Boigey. Réédition à Montpellier, Association sport et histoire, coll. « Tous les sports », 1999, 307 p. — Jeunes filles au soleil, Paris, Denoël, 1946, 152 p. - Notre-Dame de Chartres : mémoire en cinq tableaux, Paris, Spes, 1946, 45 p. Préface Mgr Raoul Harscouët. — Irène Popard ou la danse du feu, Les Éditions du Temps, 1959, 184 p. — Pierre de Coubertin, l’épopée olympique, Calmann-Lévy, 1966, 1976, 293 p.

SOURCES : Arch. La Teste-de-Buch. — Bibliothèque Marguerite Durand. — Fédération Jean Jaurès. — Fonds Yvette Roudy du Centre des archives du féminisme d’Angers. — Arch. OURS.

Florys Castan-Vicente

Post-scriptum :
- Commander l’ouvrage de Florys Castan Vicente, Marie-Thérèse Eyquem, Du sport à la politique, parcours d’une féministe, préface d’Yvette Roudy, ancienne ministre des Droits de la femme, avant-propos de Michel Dreyfus, directeur de recherches au CNRS, Paris, L’OURS, 2009, 248 p, 18 €.